Rentrer en France Voyager

Quand l’alimentation devient un repère entre deux pays

Raphaëlle, experte en nutrition ayant vécu à l’international nous partage dans cet article-témoignage des clés sur la façon dont la nutrition a pu l’aider à s’intégrer mais aussi à mieux naviguer lors du changement de pays.

Une vie au Canada

Quand je suis arrivée à Montréal il y a maintenant 15 ans, je pensais surtout devoir m’adapter au froid et à une nouvelle vie. Je ne réalisais pas encore à quel point l’alimentation allait aussi devenir un immense espace d’adaptation… mais aussi de
réconfort, d’identité et de découverte.
Au début, comme beaucoup d’immigrants, je voyais surtout ce qui me manquait de la France. Certains yogourts, le fromage, les boulangeries, les repas familiaux du dimanche, les saveurs de mon enfance. Les aliments ont ce pouvoir très particulier : ils nous ramènent immédiatement à des souvenirs, à des personnes, à une sensation de maison.
Puis, progressivement, quelque chose a changé.

Découvrir la culture alimentaire locale au Québec

Je me suis mise à découvrir la culture alimentaire québécoise et à créer de nouveaux repères. À cette époque, j’étais aussi en train d’étudier en nutrition, et plus j’avançais dans mes études et mes stages, plus j’étais exposée à des habitudes alimentaires variées : celles des Québécois, bien sûr, mais aussi celles de nombreux patients immigrants qui, comme moi, tentaient de trouver un équilibre entre leur culture d’origine et leur nouvel environnement.

l'ADAPTATION ALIMENTAIRE

J’ai aussi découvert de nouvelles habitudes : le gruau au déjeuner, les légumes et trempettes, les toasts au beurre d’arachide, certaines recettes typiquement québécoises comme le gâteau Reine-Élisabeth devenu un de mes desserts préférés. Je gardais mes croissants du week-end, mais ma cuisine se transformait tranquillement, sans que je m’en rende compte.


En parallèle, Montréal m’a ouvert les portes d’un immense métissage culinaire. J’ai développé une curiosité pour les cuisines du monde, notamment à travers mes patients : cuisines africaines, asiatiques, indiennes, latino-américaines… Je me rappelle par exemple des patients tellement heureux lorsqu’on connaissait un peu leur culture alimentaire, même
simplement le nom d’un plat comme le foufou. Cela créait immédiatement un lien. Parce que l’alimentation, ce n’est pas juste manger. C’est aussi notre histoire, notre identité, notre famille, notre fierté. Quand on immigre, les repas prennent souvent encore plus de sens. On recrée un sentiment de famille avec des amis, autour d’un plat partagé, d’un pique-nique, d’une tradition qu’on garde vivante malgré la distance. Les aliments deviennent des repères affectifs dans un environnement nouveau.


Avec le temps, j’ai réalisé que je n’étais plus seulement “française vivant au Québec”. Mon alimentation était devenue un mélange des deux cultures. J’essayais inconsciemment de prendre le meilleur des deux mondes. Je retrouvais certains produits français dans des boutiques spécialisées à Montréal, tout en intégrant pleinement de nouvelles habitudes québécoises.

Le retour en France et l'alimentation

Puis il y a eu le retour en France. Et à ma surprise, le retour alimentaire a été lui aussi… déstabilisant.


Au début, j’étais heureuse de retrouver l’abondance de certains produits, les marchés, les yogourts, les fruits et légumes locaux, les saveurs familières. Mais émotionnellement, quelque chose était différent. J’avais moins envie de cuisiner. Mes repères avaient changé. Mes routines aussi.
Je crois qu’on parle peu de ce “choc du retour” et de son impact sur l’alimentation. Pourtant, l’anxiété, les transitions, le déracinement ou la perte de repères peuvent influencer notre appétit, notre motivation à cuisiner ou notre relation à l’alimentation. Et c’est normal. Nous mangeons aussi avec nos émotions, nos souvenirs et notre sentiment d’appartenance.

Quelques mois après l'installation en France

Aujourd’hui, comme maman, je réalise encore davantage ce que l’alimentation transmet. Je cuisine des recettes héritées de ma mère, mais nous avons aussi créé nos propres traditions familiales : les pizzas maison du vendredi, le popcorn du week-end inspiré des habitudes brésiliennes de mon conjoint, les brigadeiros et le pão de queijo aux anniversaires.
Au fond, l’acculturation alimentaire n’est pas une perte d’identité. C’est souvent une transformation. Une façon d’intégrer de nouveaux repères tout en gardant une partie de soi. Et parfois, ce sont justement ces mélanges qui créent les plus belles traditions.

Raphaëlle, nutritionniste avec plus de 15 ans d’expérience en France et au canada vous propose un accompagnement personnalisé.